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Interview de Godo Röben

Interview de Godo Röben

« Si plus personne ne mange de viande dans 20 ans, nous ne proposerons plus de produits à base de viande...», déclare le président-directeur général de Rügenwalder Mühle

Vous gérez une entreprise familiale qui existe depuis six générations. Qu'est-ce qui vous a portés à proposer des produits végétariens et végans ? Cette décision a-t-elle été le fruit de discussions préalables intenses au sein de l'entreprise ?

Nous avons remarqué que de plus en plus de gens faisaient le choix délibéré ou inconscient de consommer moins, voire de ne plus manger de viande. Cette tendance peut s'expliquer de différentes façons : à travers des motifs de santé, des inquiétudes vis-à-vis du changement climatique, des critiques formulées à l'encontre de l'élevage intensif ou encore de l'insécurité découlant des scandales alimentaires passés. Il n'en reste pas moins que la plupart des végétariens aiment le goût de la viande et des saucisses. Et c’est précisément là que nos produits entrent en jeu : ils ont un aspect tout aussi attrayant et un goût tout aussi délicieux que nos produits composés de viande. Les flexitariens, les végétariens et les végans peuvent donc continuer à savourer les spaghettis à la bolognaise chers à leur cœur, ou encore leurs saucisses et escalopes préférées. Bien entendu, mon idée d'introduire une gamme de produits sans viande a donné lieu à des discussions en interne. Heureusement, Christian Rauffus, notre chef, a tout de suite accueilli l'idée favorablement car il avait compris une chose très claire : les consommateurs s'interrogent de plus en plus, et à juste titre, sur les conditions de production et l'impact environnemental des produits qu'ils consomment. Nous ne pouvons pas continuer comme ça, c'est un fait, et compte tenu du grand succès remporté par nos produits végétariens, tous les doutes de mes collègues se sont dissipés.

Pensez-vous plutôt attirer de nouveaux clients végétariens avec les produits Veggie ou convaincre les amateurs de viande de se tourner vers les escalopes végétariennes ?

Les deux, d'autant plus que beaucoup de nos clients sont des flexitariens, c'est-à-dire des gens qui souhaitent réduire leur consommation de viande et de saucisses. Ils se réjouissent de retrouver le goût des produits classiques de Rügenwalder Mühle dans ceux sans viande. De plus, nous nous adressons désormais également aux végétariens et aux végans, soit un nouveau groupe de clients qui n'auraient jamais consommé nos produits auparavant.

Avez-vous prévu de développer votre gamme de produits sans viande ? Si oui, quels sont vos objectifs ?

Depuis le lancement des premiers produits végétariens en décembre 2014, nous avons développé notre gamme sans viande en continu : elle regroupe 18 produits aujourd'hui. Nous commercialiserons davantage de produits végétariens/végans à la fin de l'année. Notre objectif est que les produits végétariens/végans représentent 40 % de nos ventes en 2020.

Est-ce que cela signifie que Rügenwalder Mühle va réduire la quantité de produits à la viande proposés ?

À l'heure actuelle, les ventes de produits à base de viande baissent à peu près aussi rapidement que celles de ceux sans viande. Nous travaillons dur pour atteindre notre objectif 2020. Notre succès dépend du comportement d'achat des clients.

De plus en plus de clients exigent un niveau élevé de bien-être animal. Dans quelle mesure ce sujet est-il important pour vous? Comment vous assurez-vous que la viande que vous utilisez a été produite dans le respect du bien-être des animaux ?

Le bien-être animal est un sujet primordial pour nous puisque Rügenwalder Mühle lui a consacré un groupe de travail interne dès 2012. L'objectif était d'améliorer les conditions d'élevage et le bien-être des animaux destinés à la production alimentaire en apportant un soutien financier à la recherche dans un premier temps. La deuxième étape consistait à mettre les résultats théoriques obtenus en pratique. Nous sélectionnons nos fournisseurs en nous basant sur les résultats des recherches effectuées dans les élevages. D'autre part, l'introduction de nos nouveaux produits biologiques découle directement de notre engagement vis-à-vis de l'amélioration des conditions d'élevage et du bien-être des animaux. Nous serions ravis de faire encore plus sur ce front à condition de disposer d'une quantité suffisante de matières premières et si c'est ce que les consommateurs souhaitent.

Nous nous approvisionnons en viande, puis nous transformons celle-ci auprès de huit fournisseurs avec qui nous travaillons depuis des décennies. Nous n'achetons pas de produits bon marché sur les marchés au comptant. Compte tenu de la traçabilité sans faille de nos matières premières, nous savons toujours d'où vient notre viande. Les animaux proviennent tous d'élevages certifiés et le respect des critères de certification pertinents est contrôlé régulièrement.

Nous avons remarqué que le nom de nombreux produits végans (tels que la saucisse végétarienne « Pommersche ») contient le mot « végétarien ». Pourquoi ?

Nous avons mis en place une politique de communication uniforme pour l'étiquetage de l'ensemble des produits de notre gamme végétarienne, qui comportent donc le terme générique  « végétarien ». Les produits végans peuvent être identifiés clairement à travers le label correspondant apposé sur le devant de l'emballage. Cela permet aux végans de choisir rapidement le produit sans viande qui leur convient le mieux.

Nous avons remarqué que le nom de nombreux produits végans (tels que la saucisse végétarienne « Pommersche ») contient le mot « végétarien ». Pourquoi ?

Nous avons mis en place une politique de communication uniforme pour l'étiquetage de l'ensemble des produits de notre gamme végétarienne, qui comportent donc le terme générique  « végétarien ». Les produits végans peuvent être identifiés clairement à travers le label correspondant apposé sur le devant de l'emballage. Cela permet aux végans de choisir rapidement le produit sans viande qui leur convient le mieux.

Pensez-vous que Rügenwalder Mühle proposera un jour des saucisses élaborées en laboratoire ?

Si le consommateur accepte, voire demande ce type de produits, pourquoi pas ? Nous avons toujours été très attentifs aux souhaits des consommateurs. Notre plus grande priorité est de leur offrir des produits savoureux et de qualité. Si nous pouvons y parvenir avec la viande de laboratoire, nous pourrions envisager cette solution.

Pensez-vous que la viande  in vitro finira par remplacer celle issue de l'élevage conventionnel ?

C'est difficile à dire, mais c'est une possibilité. Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. Mais qu'en sera-t-il dans quelques années ? Il y a quelques années, personne n'aurait pu prévoir que nos produits végétariens/végans auraient un tel succès.

Mais soyons honnêtes : pouvez-vous imaginer que votre entreprise arrête de vendre de la viande animale et ne propose plus que des produits végétaux ?

Nous consommons moins, voire plus du tout de viande. Selon nous, cette tendance générale est appelée à perdurer, voire à s'intensifier. Si plus personne ne mange de viande dans 20 ans, nous ne proposerons plus de produits à base de viande et nous nous concentrerons probablement sur des alternatives végétales.

Beaucoup de gens souhaitent rendre le monde meilleur. Comment y contribuez-vous en tant qu'entreprise ?

Nous assumons nos responsabilités de fabricant de denrées alimentaires, même si cela affecte nos produits. Voilà pourquoi nous avons introduit notre gamme végétarienne/végane. Nous nous soucions certes des produits que nous proposons, mais aussi de tout ce qui se passe autour. Nous sommes toujours attentifs aux besoins des consommateurs et à l'évolution de la société. Aujourd'hui, proposer des produits délicieux ne suffit pas. Par exemple, nous produisons notre propre électricité dans le respect de l'environnement depuis un an. Nous sommes membres de Donau Soja, une association militant dans le domaine de la culture du soja en Europe. Enfin, nous venons de lancer nos premiers produits biologiques sur le marché car les conditions d'élevage et le bien-être des animaux constituent également un sujet important pour nous.

Quel animal de rente préfèreriez-vous être ? 

Je dirais le bœuf in vitro : on me prélèverait quelquefois du sang, mais je pourrais bénéficier de conditions d'élevage appropriées à mon espèce le reste du temps.

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